samedi 4 juillet 2015

Déménager

Début juillet. Comme chaque année, les trottoirs ont été envahis de meubles abandonnés, de boîtes défoncées, les poubelles débordent. Peu de mouvement cette fois sur ma rue et tous sauf un en amont de la date fatidique. Je me suis revue un instant, il y a un peu plus de deux ans, à gérer une chaîne de boîtes qui progressait à une vitesse étourdissante. Un crachin froid dehors, presque automnal. Pourtant, une telle chaleur m'entourait ce jour-là.

Chacun avait souhaité faire sa part, s'inscrire en toute amitié comme témoin de cet envol. Le piano avait résonné, des rires fusé. Certains avaient rangé la cuisine, d'autres décidé de remplir mes bibliothèques. Une fois tout le monde parti, nous réorganiserions le tout calmement, à deux: littérature québécoise, littérature étrangère, littérature allemande, théâtre, essai, poésie, les deux étagères de PAL...

Quelques heures après, impossible d'apprivoiser entièrement le silence; l'appartement bourdonnait encore de tant d'amour.

vendredi 3 juillet 2015

C'est vivre, cela!

Tu te souviens, il y a quelques semaines, je t’avais parlé d’une jeune femme qui a fait l’analyse de ma carte du ciel, qui m’avait parlé d’une année 2015 riche en transformations, en créations et en rencontres. Figure-toi que depuis, je ne cesse d’éprouver toutes sortes de nouvelles sensations, toutes fort probablement analogues aux transformations dont parlait la spécialiste ésotérique. Ces jours-ci, ma vie peut se résumer à ça, les rencontres : collaborations artistiques, amitiés professionnelles, conversations musicales autour d'une tasse et j'en passe. Tu le sais, j’ai toujours aimé les gens, tu sais aussi que mon côté sauvage, qui peut choquer certaines personnes, lesquelles le voient comme de l’égocentrisme, sert en premier lieu ma capacité à agir et réagir socialement et à rassembler les gens de talent. Je suis ce qu’on appelle un introverti social, ce faisant je me donne entièrement en présence d’autrui, mais réclame aussitôt — c'est la contrepartie logique — une dose substantielle de solitude, d’espace et de silence. Il faut faire le plein, n'est-ce pas? Rien n’est strictement noir ou blanc dans le domaine des relations humaines.


Depuis quelques semaines, je vois régulièrement Oz, un nouvel ami. Photographe de formation, il se consacre, depuis quelques années, au cinéma et à la vidéo. En plus de partager la même passion pour la création artistique et les rencontres, nous cherchons constamment de nouveaux moyens d'apparier les dispositions et les talents de nos pairs. Tout récemment, il m'a annoncé que je jouerai dans son prochain court métrage : une histoire politico-culturelle où je serai un journaliste — le premier rôle, wow! — enquêtant sur un artiste révolutionnaire absolument fascinant (c'est l'impression que m'a donné ma lecture du  scénario). Étonnamment, depuis ma rencontre avec mon nouvel ami, ma vie pourrait se résumer aux rencontres, très souvent, avec des êtres plus grands que nature. Parfois même, je songe : mais tout ceci un rêve, alors que d’autres fois que je me dis : mais, c’est vivre, cela!

Voir le beau

J'étais dans le vestiaire après le cours de zumba, en train de ranger chaussettes et souliers dans mon sac. Quelques femmes d'un âge certain qui avaient l'air de sortir d'un cours d'aquagym papotaient. Une venait semble-t-il de raconter une de ces histoires familiales inspirantes. Une femme dotée d'une volonté de fer qui avait permis à ses enfants de... peut-être bien de survivre aux horreurs des camps de concentration. (Je n'ai entendu que la dernière phrase de l'exposé.) Un léger silence et puis une a avancé: « Plutôt que de lire des nouvelles déprimantes, il faudrait publier un journal constitué uniquement de bonnes nouvelles. » 

À défaut d'être viable monétairement, l'idée est séduisante, il faut l'admettre. Oui, c'est vrai, le monde est peuplé de beaucoup trop d'incompétents, mais surtout de gens dépourvus de curiosité. Pourtant, il y a tous ces autres, ceux qui vous sourient sur la rue sans raison, qui tiennent la porte pour vous quand vous entrez dans le métro, qui attendent une réponse autre que « Ça va, toi? » quand ils vous demandent de vos nouvelles. Aucun besoin d'échanger sur la littérature, la musique, les arts en général. Juste une écoute, une sensibilité, un intérêt réel. Un geste si simple et si compliqué à la fois...

jeudi 2 juillet 2015

Oublier


T’arrive-t-il parfois d’oublier d’écrire un jour ou deux? Je me souviens, enfant et plus tard adolescent, il m’arrivait souvent de sauter un repas, involontairement, parce que trop concentré à ma pratique quotidienne du piano, trop pris par l'écoute intense de musique. Crois-le ou non, toute la fin de semaine j’ai complètement oublié de m'arrêter et d'écrire. Cela signifie-t-il que je suis heureux?  

Lieux

«  - Il n’y a plus de lieux, mon lapin. Que des gens. Tu n’es pas au courant? Chacun est sa propre nation, avec son propre blogue. Parce que tout un chacun a quelque chose d’important à dire : les gens publient des communiqués de presse pour annoncer au monde ce qu’ils ont mangé le matin. Nous vivons à l’ère de l’auto-importance. Chacun dans sa bulle. L’endroit où sont les gens ne veut plus rien dire. Pas plus que ceux où j’étais. » 
Tom Rachman, Gloire et déchéance des grandes puissances

Choisir de vivre à contre-courant. Refuser le bruit ambiant constant (déjà, celui bien réel, des villes, est non négligeable), les bourdonnements d'égos, les glissements de terrains artificiels, les engouements en série, les personnalités que l'on endosse selon le lieu et l'heure, les interactions qui n'en sont plus, chacun jetant un coup d’œil sur son téléphone, sa montre, les environs, histoire de ne pas rater quelque chose de plus signifiant, de plus « important ». Sirènes qui interpellent le conscient, l'inconscient, le subconscient. Avoir le courage de regarder l'autre dans les yeux, d'apprivoiser son silence, d'appréhender sa densité. Dire seulement si cela est nécessaire. Agir.

mercredi 1 juillet 2015

L'animal et la chaleur

Sauté ces trois derniers jours ma prise quotidienne de vitamine B12. Me voilà un peu plus plus impatient et irritable que d'habitude. 

Météo oblige, je suis navré pour ces gens qui déménagent aujourd'hui. Par ailleurs, je suis tellement content de ne pas le faire cette année, moi qui ai si souvent mobilisé ma famille et mes amis pour cette besogne, qui est l'une des plus déplaisantes qui soit.

L'agressivité planante dont tu parles n'est pas illusoire. Celle-ci nous prépare à une abondance plus dionysiaque, plus vertueuse, je pense. Elle extorque le repos, le silence, la mise hors-tension de nos gadgets électroniques. Elle souhaite que nous reculions un peu plus et réalisions qu'elle n'est pas en colère, rien qu'un peu triste d'avoir à se manifester de cette manière, probablement contre gré. Il n'y a pas de recette miracle : repos, silence et solitude règnent en bénédictions souveraines en ce monde. Après cela, un seul mot, en livraison majuscule — Gratitude. 

Disperser

Journée fériée en principe... Je me suis dit que je prendrais mes courriels et puis que je mettrais la machine plus ou moins à off:  aller s'éclater à la zumba, lire, regarder un film, peut-être cuisiner un pesto de fleurs d'ail. De petites choses qui finissent par s'additionner, avant de retrouver Jamie Cullum à la Maison symphonique.

La période estivale est généralement moins dense côté boulot (même si je commence à couvrir demain le Festival Montréal Complètement Cirque), ce qui me permet habituellement de me poser, de réfléchir, de retrouver le piano. Pour l'instant, aucune accalmie, même si je l'espère une fois le festival terminé. Au contraire, de nouveaux clients, apparus presque par magie pour combler le manque à gagner lié au démantèlement des blogues Analekta. Une porte s'est fermée, une autre s'est ouverte.

Pas de disponibilité réelle d'esprit pour la musique (je me sens crispée juste à la pensée de m'asseoir trois ou quatre heures à l'instrument) ou l'écriture. J'ai découvert dans le fond d'un tiroir un projet de roman, une série de notes prises dans un calepin en 2006 - il y a un siècle, il y a une éternité. Je l'ai feuilleté rapidement, n'osant pas m'y plonger plus avant. Comme si j'avais peur d'une certaine façon de ce que je pourrais y trouver, que cela pourrait me forcer à balayer du revers de la main le projet de roman épistolaire, pourtant entamé.

Pourquoi cette peur par rapport au geste de création? Pourquoi cette impression de dispersement, que je sens aussi chez toi ces jours-ci, même si tu es visiblement emballé par tous les projets sur lesquels tu travailles, sur les contacts qui s'établissent? Que sommes-nous encore en train de fuir?