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vendredi 6 novembre 2015

Changement d'adresse pour Claudio

Les mois passent et l'on oublie ces lecteurs qui aimeraient qu'on leur donne des nouvelles de temps en temps. Je ne vous ai pas plus oublié, chers lecteurs, que je me suis oublié moi-même, dans l'effervescence d'un été enchanteur et d'un automne qui l'est un peu moins, mais qui s'avère nécessaire si l'on veut apprendre de nouvelles choses, sur soi-même et sur la vie. 

J'ai mis à votre disposition une nouvelle adresse, dans laquelle j'écrirai  quotidiennement ou presque : petitemusiquedenuit.blogspot.com 

Lucie, mon alter ego d'Accord parfait, vous écrira un petit mot très bientôt. 

Claudio 

mercredi 2 septembre 2015

Retour imminent, consolidation émanante

Très chère elle, 

Je reviens très bientôt — je n'étais pas très loin! 

Un déménagement intrépide hier avec mon ami Matt, des rencontres fortuites plus belles les unes que les autres, de la musique sur fond de crépuscule silencieux. Tout va pour le mieux dans le meilleur des parcours, et je suis reconnaissant tous les jours pour chaque instant qui passe. Des accords d'Elton John tintent au café, Rocket Man me fait du bien, le chanteur me fait sien. 

Je répondrai à chacune de tes missives, pour le bonheur de ton serviteur, et de nos lecteurs. 

   

vendredi 14 août 2015

Être musicien

J'extrais de ton billet précédent cette phrase, que j'aime : « La consolation plutôt que la blessure. »  Je serais incapable, dans une prochaine vie, de choisir entre la musique et  la littérature. Comme dans cette vie-ci, je laisserais la vie choisir pour moi, c'est elle qui a le dernier mot — ou la dernière note! 

Au final, je crois que la musique fait plus mal; et le plus grand bien. Mon rapport à la musique est tout sauf apollinien, c'est un couteau que l'on tourne dans la plaie. Simultanément ce plongeon donne des ailes à ma gratitude, notamment celle d'être musicien.

Être musicienne, c'est être fée, écrivait Sully Prud'homme. 


     

mercredi 12 août 2015

La musique complimente

Ce n’est pas la première fois que je le mentionne, mon habileté à écrire diminue lorsque je fais beaucoup de musique. En aparté, la semaine dernière, au bord de fragilités de toutes sortes, je songeais : si je n’avais pas la musique, j’aurais déjà mis un terme à ma vie. Face au piano de Malcolm, mon colocataire, je réalisais combien ces évidences boursouflaient dans mon coeur. La sensation que, s’il n’eut été de la musique, une folie irréconciliable de ma réalité m’aurait avalé. Chez moi, le piano est la représentation souveraine de la musique. Je puis jouer de tous les instruments – comme le chant, ou la guitare, que je maîtrise assez bien –, ceux-ci ne suffiraient pas à me sauver la vie, à faire de moi un élu, divinisé, pleinement rescapé de la mort. C’est le piano, et lui seul, qui me donne ce sentiment de puissance infinie, de créations sans limite. Il est rare pour un homme de reconnaître une telle grâce. Je suis béni, que Dieu le sache.


Parlant de Rainer Maria

La patience est tout, écrivit Rilke. Un idiot seul saurait le contredire.

dimanche 9 août 2015

À propos de la deuxième romance de Schumann

Tu sais qu'un peu avant de mourir, Clara demanda à son fils de lui jouer la Deuxième Romance — quelque 40 ans après la mort de Robert. Il suffit d'écouter le morceau pour comprendre parfaitement cela. 

Tu voudrais bien me la jouer la prochaine fois qu'on se voit? 


samedi 8 août 2015

Henri Miller / Arthur Rimbaud


Deux jours sans Internet au Olimpico, cela me rend productif d’une autre manière. Hier, assis à la terrasse, je lisais Le temps des assassins, l’excellent essai de Henry Miller sur Rimbaud. Plus j’avance dans ma lecture, plus j’apprends des choses... sur Henry Miller. Non pas que le livre ne me renseigne sur l’auteur d’une Saison en enfer, mais le ton si typiquement millerien rend l’essai plus autobiographique qu’autre chose. Miller est né écrivain. Comme nous disons de certains hockeyeurs qu’ils possèdent un excellent Hockey IQ, Miller possédait un manifeste Literary IQ. Les écrivains-nés sont des enfants de la révolte.


jeudi 6 août 2015

L'amour, la musique et The Brooks

L’amour est bel et bien vivant, mais par où commencer?

Jusqu’où irai-je pour perpétuer la nécessité d’être honnête? Jusqu’à quel firmament me rendrai-je pour entériner ma probité, mon art, ma vulnérabilité? Comment parviendrai-je à réunir tous mes préceptes et mes idéaux, et toutes les interventions divines à venir, pour atteindre la force du présent collectif qui nous attend, au détour de nos intentions les plus sincères!




Dieu du Ciel, il y a si longtemps que je n’ai pas écrit! C’est la formation montréalaise The Brooks — avec notamment Alan Pater (choriste pour Michael Jackson) à la voix et Alexandre Lapointe à la basse — qui m’assomme de son intensité sauvage. C'est dans ces musiques que l'on trouve l’ordre à rétablir, en cohérence et en imagination. La musique est toutes les éternités, que faut-il de plus lorsqu’on a la musique, lorsqu’on est la musique! Si seulement on était plus nombreux à le savoir!

mardi 4 août 2015

Wolfgang

L’écriture me manque comme une femme – ou plutôt comme la caresse d’une femme. Car la femme est là, sinueuse, ricaneuse, indolente, tour à tour prudente et impudente lorsqu’un naufrage s’installe au creux de son lit. La femme est le réveil à la mort qui approche, elle sourd la rencontre d’astres étrangers. Faut-il se rappeler que les plus beaux paysages sont un amalgame d’étranglements.

C’est Mozart qui m’écoute vous entendre, se pose en silence et me chuchote une aube longue et tragique. L’Andante du Concerto en do majeur K467. S’il n’y avait qu’un seul concerto parmi tous les concertos, ce serait celui-ci. Un mouvement altier, d’une fécondité inégalée, ensoleillée si opaque et si lisse que nous échappent ses ténèbres éclatantes qui sont le socle de sa puissance pacifiée. Avec Mozart, en Mozart, face à Mozart, je déclare solennellement que l’écriture m’a manqué et me manque, la musique me le chante quand je me réveille, à la puissance fff lorsque je me trouve dans les bras d’une femme. Il n’est de musique plus hautement gratifiée que celle qui nous délivre de nos vies abrégées par les dettes et les affections. La musique n’est pas une affection, mais une atteinte. Du reste, rappelons-nous qu’il n’y a pas mérite à être musicien, c’est comme quand on reçoit une bénédiction, on n’en parle pas, on fait avec, pour le meilleur de nos vies et celles d’autrui. La musique invoque l’asile de ses paradoxes, répercute son aversion des masques dans la crainte et la nuit, elle pousse sa haine de la hiérarchie, pleure les tombes d’injustice et de pitié, elle s’assèche des limites de sa tristesse, à la rescousse de son passé, encore.  


dimanche 2 août 2015

Couper les ponts pour en rebâtir

Tout le monde a déjà connu une rupture. Mes ruptures les plus douloureuses sont celles d'amitié. Tu te souviens d'Alexandre, qui fut mon mentor et ami pendant quatre ans, lui qui, du jour au lendemain, avait décidé de mettre un terme à notre amitié. Coup dur s'il en est un, j'avais pleuré une partie de la nuit, consolé par la nouvelle flamme que je commençais à fréquenter. Mon admiration pour cet homme — qui avait deux fois mon âge — était telle que je n'avais pu faire autrement que suivre son exemple. Quelques heures plus tard, je rompais avec la jeune femme que je commençais à aimer. Je l'ai longtemps regretté.   

Il y a quelques mois, j'ai croisé un homme : jeune quarantenaire, photographe et vidéaste, il tournait un court métrage au café. Après quelques mots échangés, il me demandait de tourner une scène. Je me suis rapidement pris d'affection pour cet artiste fragile et hautement susceptible. Sa fracture émotionnelle fusait de tous côtés, et moi j'espérais lui fournir un peu de ma lumière. Ça n'a pas fonctionné, l'homme est têtu comme une mule.  J'ai donc dû couper les ponts, c'était il y a quelques jours. 

Il me promettait la lune, me traitait comme si j'étais sa blonde (c'est toi qui me l'a dit). Tout ceci me fait mal, parce que cette hachure me semble aussi inattendue que ridicule, ridicule parce que tout ce temps, j'avais affaire à un homme puéril.

Il aimait quand je lui jouais du piano — cette image m'est douloureuse, plus que toutes les autres.  

jeudi 30 juillet 2015

L'éléphant parmi les poules

Bach, grand Bach, que j'ai découvert bien plus tard que les autres grands maîtres.


Dans mon Encyclopédie de la musique (Universalis), sur Bach 

Bach naquit architecte. Mais, là encore, il faut bien entendre l'éloge. Il va moins à une architecture que l'architecture ne vient à lui. Il se trouve en sa musique une permanente disponibilité de la forme qui en fait le prix. Sa pédagogie elle-même en fournit la preuve, laquelle était merveilleusement empirique. L'expérience librement avancée l'emportait toujours sur le concept préalable, et cela parce que l'élève ne peut voir d'emblée la justification de celui-ci : on n'apprend pas la nage hors de l'eau. De même, toute dogmatique, en ce qui concerne les formes, prive celles-ci de leurs meilleures vertus. 


mercredi 29 juillet 2015

Retour de Toronto

De retour de Toronto, où je m'étais rendu pour le plaisir, en compagnie d'une amie. Des moments difficiles avec elle, ponctués par nos besoins respectifs de mettre nos limites, de dire à l'autre voici qui je suis. Le voyage est une intense mise à l'épreuve; comme l'art. 

samedi 25 juillet 2015

Bombardement...

Lutte intérieure entre le besoin d’écrire et le besoin de lire. Je ne puis faire les deux en même temps, et c’est peut-être ça le plus grand malheur de l'écrivain. Maintenant, la question est de savoir lequel des deux, entre écrire et lire, lui procure le plus grandement le sentiment de vivre.