« Je me suis laissé toucher. » Le passé composé décompose le moment, lui enlève toute possibilité d'être assumé, force la passivité. Toucher n'est plus un verbe d'action, mais de réaction, on sent presque l'épiderme qui se hérisse, la personne touchée se réfugier dans un lieu secret, s'y blottir, y pratiquer la distanciation.
« Je me laisserai toucher. » Celui-là est déjà beaucoup plus ambigu. Il peut révéler une volonté de laisser une musique, des mots, un geste, atteindre la fissure, la combler un instant, déposer une fleur sur le bord de la fosse. Il peut aussi sous-entendre la passivité, le troc: échanger le geste contre un répit, contre deux heures passées à la terrasse d'un café, contre un certain confort, contre de l'argent, contre un manque.
Il n'y a peut-être qu'une seule façon de conjuguer ces deux verbes: ne pas le faire, tout simplement. Se laisser toucher...
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