Rodin vu par Rilke
« L’être
humain qui se lève la nuit et se rend sans bruit auprès d’un autre, ressemble à
un chasseur de trésors qui veut dénicher le grand bonheur, qui est si
nécessaire au carrefour du sexe. Et dans tous les vices, dans tous les plaisirs
contre nature, dans toutes ces tentatives désespérées et perdues, de trouver un
sens infini à l’existence, il y a quelque chose de cette nostalgie qui fait les
grands poètes. Ici, l’humanité a faim de quelque chose qui la transcende. Ici, les
mains se tendent vers l’éternité. Ici, des yeux s’ouvrent, et contemplent la
mort sans la craindre; ici s’épanouit un héroïsme sans espoir, dont la gloire
vient comme un sourire et passe, fleurissant et se fanant comme une rose. Ici sont
les tempêtes du désir et le calme plat de l’attente; ici sont les rêves qui se
transforment en actes et les actes qui se perdent en rêves. Ici, comme dans un
gigantesque casino, l’on gagne ou l’on perd une fortune d’énergie. Tout cela
est contenu dans l’œuvre de Rodin. Lui qui était déjà passé par tant de vies
trouva ici la plénitude et l’abondance de la vie. »
Rainer Maria Rilke, Auguste Rodin
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Rodin, La Danaïade |
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