lundi 1 juin 2015

Voix

Accepter sa voix. Cela peut relever de l'évidence pour certains et pourtant... La mue ne sert-elle pas justement à cela, à nous permettre d'apprivoiser en étapes cette voix qui nous accompagnera pendant de (souhaitons-le) longues années? Comment peut-on fanfaronner quand, à chaque instant, on a peur que celle-ci ne craque, nous couvrant de ridicule parfois? Est-il même plausible de considérer unir notre voix en mue à celle d'un chœur? Ne dénaturerions-nous pas alors l'essence même de la musique interprétée?

Et si on prolongeait le tout un instant dans la dimension philosophique, spirituelle, même? Combien d'étapes notre voix doit-elle franchir avant que nous puissions véritablement accepter la nature même de ce que nous émettons? Réalise-t-on un jour que, oui, voilà ma « vraie » voix, celle qui m'accompagnera jusqu'à la mort? Existe-t-elle seulement?

Et si, au fond, nous étions la somme de ces voix, comme une série d'harmoniques qui se superposent et donnent une note en apparence d'hauteur fixe? On y retrouverait la voix de l'enfant qui cherche l'attention de ses parents, celle de l'adolescent qui ne peut que tuer symboliquement ces derniers pour avancer, celle légèrement tremblante des premières amours, celle plus ferme des premiers emplois. Voix de tête, de cœur, des entrailles profondes, de l'intuition. Voix parlée, chantée, écrite, ressentie. Apprivoiser son grain si particulier, ne pas avoir peur d'y entendre les cris accompagnant les cauchemars, d'y sentir les parfums oubliés de l'enfance, de toucher aux cicatrices qui ont fait d'elle ce qu'elle est devenue aujourd'hui.

S'envelopper de silence et de celui-ci la laisser jaillir..

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